Un projet européen né à Davos
Le 19 janvier 2026, en marge du Forum économique mondial de Davos, une annonce a fait son chemin : W, un nouveau réseau social européen, était officiellement dévoilé. Porté par Anna Zeiter, ancienne responsable de la protection des données et des politiques d'intelligence artificielle chez eBay, le projet vise ni plus ni moins à concurrencer X (ex-Twitter) sur son propre terrain.
Son site officiel ? wsocial.eu. Son credo ? « Trust your feed » — faites confiance à votre fil d'actualité.
Mais attention : contrairement à ce que certains posts viraux racontent, W n'est pas un projet de l'Union européenne. La Commission européenne a formellement démenti financer ou lancer un réseau social. W est une startup privée, constituée en Suède, financée par des investisseurs privés majoritairement nordiques.
Son plus gros actionnaire ? We Don't Have Time, un média climat suédois, qui détient 25% des parts.
Pourquoi W existe — le contexte
W n'arrive pas par hasard. Plusieurs facteurs expliquent son émergence :
- Les controverses autour de X depuis son rachat par Elon Musk : modération contestée, recul perçu sur la lutte contre la désinformation, retour en force des comptes automatisés
- Une prise de conscience européenne sur la souveraineté numérique : le Parlement européen a adopté en janvier 2026 une résolution appelant à renforcer le cloud, les semi-conducteurs et l'infrastructure IA en Europe
- Une lettre de 54 députés européens enjoignant la Commission à soutenir les alternatives européennes aux grandes plateformes américaines
W s'inscrit dans ce mouvement. Anna Zeiter résume la mission : « plus d'interactions humaines, moins de bots », pour contrer les campagnes de désinformation et de manipulation qui prolifèrent ailleurs.
Les promesses de W
🔐 Une vérification humaine obligatoire
Finie l'anonymat toxique : seuls les profils rattachés à des personnes réelles seront acceptés. La vérification se fera via des plateformes tierces, sans que W ne stocke les données d'identité elle-même.
🇪🇺 Des données hébergées en Europe
W promet d'utiliser exclusivement des serveurs européens : Proton (Suisse) pour la messagerie cryptée, UpCloud (Finlande) pour le cloud. Les investisseurs sont eux aussi limités à l'Europe.
🧠 Anti-bulle informationnelle
Le réseau veut casser les fameuses « bulles de filtre » en permettant aux utilisateurs d'ajuster la proportion de contenus exprimant des opinions différentes dans leur fil.
📜 Conformité DSA et RGPD
Comme toute grande plateforme opérant en Europe, W sera soumise au Digital Services Act (DSA) et au Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD). Pas de régime dérogatoire : les mêmes règles que X, Meta ou TikTok.
L'équipe
Autour d'Anna Zeiter, on retrouve un conseil consultatif composé de Philipp Rösler (ancien vice-chancelier allemand), Sandrine Dixson-Declève (coprésidente du Club de Rome) et Cristina Caffarra (économiste spécialiste de la concurrence). Une équipe qui mêle politique, économie et environnement.
Calendrier de sortie
- 19 janvier 2026 — Annonce officielle à Davos
- Février 2026 — Version bêta
- Fin 2026 — Ouverture au grand public
- 2026 — Nouvelle levée de fonds
On peut déjà s'inscrire sur une liste d'attente depuis wsocial.eu.
Verdict : à suivre de près
W coche beaucoup de cases qui séduisent dans le contexte actuel : souveraineté des données, vérification des utilisateurs, hébergement européen. Mais attention : c'est une startup privée (pas un projet de l'UE), qui va devoir construire une communauté de zéro là où X, Bluesky et Mastodon ont déjà pris une longueur d'avance.
Rendez-vous fin 2026 pour voir si W tient ses promesses.